Lauréats du Grand prix du roman de l’Académie française 2015

Créé en 1915, le grand prix du roman est décerné par un jury composé de douze membres de l’Académie. Ce prix est considéré, comme l’un des plus prestigieux décernés par l’institution. Par ailleurs, son montant actuel est de 7 500 euros.

Le Grand Prix du roman de l’Académie française 2015 a été attribué aux deux ouvrages suivants:

Les prépondérantsHédi Kaddour/Gallimard 

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« Elle lisait plus de livres en arabe qu’en français. Ça avait rassuré son père, mais il avait fini par se rendre compte que certains livres arabes étaient aussi dangereux que les livres français. Elle s’appelait Rania, vingt-trois ans, sculpturale, des yeux en amande, c’était la fille de Si Mabrouk, Mabrouk Belmejdoub, un grand bourgeois de la capitale, ancien ministre du Souverain. Elle était veuve, son mari était mort quand elle avait dix-neuf ans, il était beau, ils s’adoraient, il avait lui aussi le goût des livres, et comme il y ajoutait celui du combat il avait disparu dans un fracas d’obus en Champagne.

Elle était retournée vivre dans la maison de son père à qui il arrivait de dire : “Nous avons chacun perdu notre moitié.” Au bout d’un an, il avait commencé à lui chercher un nouveau parti. Elle ne refusait pas les prétendants : “Si tu veux que j’épouse cet imbécile, j’obéirai”, et c’était le père qui se retrouvait au bord des larmes parce que sa fille ajoutait : “Ce sera comme… une tombe avant la mort.” L’imbécile était éconduit. »

Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.

Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.

De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins.

Hédi Kaddour est l’auteur de Waltenberg (Goncourt du premier roman), publié en 2005. En 2010 sont parus un deuxième roman, Savoir-vivre, et un recueil de « choses vues », Les pierres qui montent.

2084: la fin du monde – Boualem Sansal/Gallimard

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« Le lecteur se gardera de penser que cette histoire est vraie ou qu’elle emprunte à une quelconque réalité connue. Non, véritablement tout est inventé : les personnages, les faits et le reste, et la preuve en est que l’histoire se déroule dans un futur lointain, dans un monde lointain qui ne ressemble en rien au nôtre.

C’est une œuvre de pure invention, le monde que je décris dans ces pages n’existe pas et n’a aucune raison d’exister à l’avenir, tout comme le monde de Big Brother imaginé par maître Orwell n’existait pas en son temps, n’existe pas dans le nôtre et n’a réellement aucune raison d’exister dans le futur. Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle. »

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.

Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…

Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

Né en 1949, Boualem Sansal vit à Boumerdès, près d’Alger. Son œuvre a été récompensée par de nombreux et prestigieux prix littéraires, en France et à l’étranger.