ANTIGONE : J’ai fait ma première techno parade à 8 ans

Après Bangkok, Singapour, Kuala Lumpur… Antigone a débarqué au Vietnam en collaboration avec l’Institut Français du Vietnam et Heart Beat, pour poursuivre sa tournée asiatique. Nous avons discuté quelques instants avec ce jeune DJ prodige qui est tombé dans la techno quand il était petit. Échanges.

Lepetitjournal.com/Hochiminhville: Bonjour Antigone, d’où viens-tu ?

Antigone: De Paris, Barbès plus précisément.

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Et ce mystérieux nom de scène a-t-il une histoire ?

Il vient de la tragédie grecque. C’est un livre qui est resté des années à mon chevet
et que je devais lire. C’est aussi l’héroïne de ma mère. Quand j’ai du choisir un nom de scène, il rôdait autour de moi. L’idée que ce soit un prénom féminin me plaisait bien aussi.

Comment en es-tu venu à la musique électronique ?

C’est presque une histoire d’enfance. Petit, j’ai vécu quatre ans à New-York et mon retour en France a correspondu avec la première techno parade. Je n’avais que 8 ans mais j’ai le souvenir que cet évènement a provoqué une véritable fascination chez moi. J’étais avec mon frère et très vite, on a voulu acheter des vinyles. Ma marraine, qui travaillait pour un label techno a aussi contribué à ça puisqu’elle m’offrait deux vinyles par an. Et puis dès que j’ai pu, j’ai commencé à acheter des CD. Je dois avouer d’ailleurs que je séchais les cours rien que pour aller traîner chez les disquaires.

Et enfin, à 16 ans, j’ai eu mon premier ordinateur et j’ai commencé à faire de la musique avec un logiciel. Après le bac, j’ai tenté de poursuivre des études en tant qu’ingénieur du son mais la musique m’a rattrapé, ça semblait un peu inévitable.

Dis comme ça, ça semble une évidence, mais il ne faut pas être un peu geek pour faire de la musique avec son ordinateur ?

Complètement ! C’est loin d’être évident et honnêtement, j’ai failli laisser tomber. J’ai eu la chance d’avoir un copain qui était un véritable hacker et qui m’a largement aidé pour appréhender les logiciels de musique. Mais il m’a bien fallu un an et demi pour pouvoir sortir quelque chose d’audible.

Dans quelles conditions tu composes ?

Chez moi, dans ma chambre (ok, dans ma chambre chez mes parents, je vis toujours chez eux pour l’instant). Je ne vais pas tarder à déménager mais je pense que ça restera mon lieu de travail. Avec tous mes trucs de gosse qui traînent, ça reste un lieu inspirant. En général, je fais des bandes sonores que je laisse tourner. J’essaye un peu tout ce qui vient, même si ça ne produit rien dans l’immédiat. Par contre, pour me lancer dans la composition d’un morceau, j’ai besoin d’être dans un certain état émotionnel : fatigué, nerveux ou exalté.

Des sources d’inspiration en particulier ?

J’associe la musique à une palette de couleurs. Donc la création passe par ce rapport au visuel. Parfois, je vais rechercher une ambiance plus rouge. ça peut sembler bizarre dit comme ça mais comme je n’ai pas de formation musicale, je fais tout à l’oreille et à l’image que peut évoquer un son.

Est-ce qu’il y a des artistes, des mouvements… qui t’ont particulièrement marqué pendant ton parcours ?

En 2006-2007, je suis tombé sur toute la collection de John Thomas (sortie chez Synchrophone) et on peut dire que ça a été un acte fondateur. Mais je pourrais également citer Jeff Mills et Luke Slater (connu aussi sous le nom de Planeteri Assault System) qui m’ont vraiment marqué.

Et à quel moment tu es devenu DJ, parce que faire de la musique dans sa chambre avec un pote c’est une chose, passer derrière des platines en soirée, c’est différent ?!

Je mixais un peu au Café des sports à Menilmontant mais j’ai quelques expériences en tant que jeune DJ qui se sont révélées désastreuses. J’ai joué dans une boîte à La Madeleine et je me suis fait virer au bout de 30 minutes. Les gens voulaient de la house et moi je débarquais avec ma techno minimale…L’accueil fut plus que mitigé dirons-nous.

Donc ma vraie expérience en club a débuté il y a 5 ans à la Concrète. Le hasard, le train, le Phonographe m’ont permis d’être mis en relation avec Brice Coudert, l’un des fondateurs. Et c’est à la Concrète que mon expérience de DJ s’est concrétisée.

Le 4 Juin 2016 au Bourget, du 3 au 5 mai le Weather Festival prend d’assaut les pistes de l’aéroport du Bourget. 50 000 spectateurs attendus sur les 3 jours du plus gros festival de musique techno en France.Antigone

Je prépare toujours les six premiers morceaux avec des sonorités plutôt douces. L’idée étant de rentrer dans un univers. Parfois le set est entièrement programmé, en particulier dans un festival où le temps est très court, tu n’as qu’une heure donc il faut être précis. Je prépare également beaucoup pour certains clubs où je sais que l’attente est forte comme le Berghain à Berlin par exemple. J’étais le plus jeune DJ donc je m’étais un peu mis la pression même si j’ai réalisé que ce n’est pas forcément là que tu sors les meilleurs sets.

En général, j’ai ma trame que je réajuste en fonction de mon ressenti. J’ai des listes de morceaux dans des catégories bien précises (ambient techno, blip techno…) que je vais aller chercher en fonction de ce que je veux. Et évidemment, j’ai préparé des transitions entre certains morceaux pour avoir une certaine fluidité.

Avec la concentration que doit demander un set, tu arrives à sortir de ta bulle ?

Tu jettes des regards furtifs au public mais globalement il s’agit plutôt d’un ressenti. Tu sens quand un public accroche ou pas. Après, si tu as bien préparé le début ton set, tu mets plus de chances de ton côté. Il faut que les gens entrent dans l’univers que tu proposes et qu’ils se disent “Je sens qu’il va se passer quelque chose, je ne sais pas quand ni comment mais j’ai envie d’en être”.

En parlant des moments et des lieux où il faut être, on parle beaucoup de Paris actuellement comme la nouvelle capitale de la musique électronique, tu partages ce sentiment ?

J’ai effectivement l’impression que Paris est sorti de sa torpeur. Il se passe beaucoup de choses actuellement. Rien qu’autour de la Concrete, 5 clubs ont ouvert récemment. Il y a également des vieux clubs qui avaient fermé et qui rouvrent, des wharehouses (entendez des locaux industriels qui accueillent des évènements ponctuels)…l’offre est hyper vaste.

Après, Paris a quand même un public particulièrement jeune, contrairement à d’autres villes où le public est beaucoup plus mixte.

Mais est-ce lié à un véritable intérêt pour la musique électronique ou il s’agit simplement d’une vie nocturne qui reprend ?

Les deux, les gens sortent plus, c’est certain mais la musique électronique est en vogue. Il faut dire qu’elle a beaucoup changé et elle peut-être devenue plus abordable. C’est un peu grâce à certains DJ du Berghain notamment qui sont parvenus à reprendre les bases de l’ancienne techno et à proposer quelque chose de moins rapide, d’un peu plus groovy…

Un coup de coeur pour un club en particulier ?

Oui, j’adore le Bassiani à Tbilissi (Géorgie). Le public est vraiment fervent de techno, là-bas, pas besoin de faire de la tech house et ça fait plutôt plaisir !

Pour finir, que sais-tu du Vietnam ?

Pour être honnête, je n’avais pas vraiment d’idée avant de venir. J’imaginais cette ville moins frénétique, plus petite. Finalement avec ses grandes tours, je trouve que ça ressemble à Bangkok et qu’il est très difficile de traverser la route…

D’après Le petit journal d’HCMVille