ANNE NGUYEN – « J’étais attirée par le pays mais je ne voulais pas le découvrir en simple voyage touristique. J’attendais d’avoir une vraie raison »

Le 4 Mai dernier s’est tenu à Ho Chi Minh Ville, au théâtre Ben Thanh, le spectacle de danse « Autarcie (….) », de la chorégraphe et danseuse française d’origine vietnamienne, Anne Nguyen. Organisé par l’Institut Français du Vietnam, « Autarcie (….) », spectacle de danse qui mélange hip-hop et danse contemporaine, a su trouver son public et a rencontré un vrai succès à Saigon. Le spectacle est ensuite passé par Hanoi avant de continuer sa tournée mondiale dans d’autres pays, du Pakistan à New York. Lepetitjournal.com Ho Chi Minh Ville est allé à la rencontre de cette artiste, qui nous a communiqué sa passion pour le hip-hop.

Lepetitjournal.com/Ho Chi Minh Ville : Anne Nguyen, vous êtes danseuse, chorégraphe et fondatrice de la Compagnie Par Terre. Vous avez remporté de nombreuses battles de hip-hop et créé plusieurs spectacles. Vos compétences ne s’arrêtent pas là puisque vous trouvez aussi le temps d’écrire poèmes et articles sur la danse et aussi d’enseigner un atelier de pratique artistique à Sciences Po Paris. Quelle énergie! Qu’est-ce qui vous intéresse dans la danse hip-hop ?

Anne Nguyen : J’ai suivi des études scientifiques et je pratique les arts martiaux. Ce qui m’intéresse dans le hip-hop découle de ces deux éléments-là. L’aspect géométrique des mouvements et les systèmes rythmiques des danseurs. La danse hip-hop c’est avant tout, différentes gestuelles que l’on peut déstructurer et recomposer. J’aime l’idée de jouer avec l’espace sur scène en lui imposant des contraintes géométriques. Ça rend le mouvement spécial. J’aime bien laisser le champ libre au spectateur pour qu’il puisse interpréter le mouvement à sa façon.

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Le Hip-Hop semble être un univers masculin. Est-ce difficile d’y évoluer quand on est une femme? En terme de comportement, de regard des autres ou de style?

Il existe plusieurs types de danses hip-hop (une quinzaine). Quand on fait du break par exemple (danse au sol), on doit se protéger la tête et le corps et porter des vêtements amples. Les vêtements que l’on porte sont pratiques avant tout. Oui le hip-hop est un environnement plutôt masculin, et ce n’est pas toujours évident d’y exprimer sa féminité. J’ai souvent été la seule fille, mais je me faisais copine de tous les garçons, je m’entendais bien avec eux. Dans le hip-hop, lorsque l’on danse, on n’est pas dans la séduction, on est réuni par l’amour de la danse. Quand on est une fille dans le monde du hip-hop, on est surtout comme un électron libre, on peut bouger de groupe de breakers, on peut danser avec un autre groupe. C’est assez libre.

Vous êtes Française d’origine vietnamienne. Quel est votre histoire avec le Vietnam? Est-ce un pays que vous connaissez bien ?

Je suis née en France et c’est la première fois que je mets les pieds au Vietnam. Mon père est vietnamien, originaire de Dalat, il a fui la avant la guerre pour la France et n’y est jamais revenu. Avec ce qu’il avait vécu, il n’en a jamais parlé plus que ça et ne m’ont pas donné envie de revenir particulièrement.

J’étais quand même attirée par le pays mais je ne voulais pas le découvrir en simple voyage touristique. J’attendais d’avoir une vraie raison… que j’ai eu lorsque l’Institut Français du Vietnam m’a proposé de venir jouer mon spectacle Autarcie au Vietnam. Les liens que j’avais avec le Vietnam jusqu’à présent se trouvent dans divers aspects de la culture vietnamienne comme la nourriture et les arts martiaux. Je compte bien les développer.

Votre dernière création, « Autarcie (…) », met en scène 4 danseuses de hip-hop. Quelle en est l’histoire ?

Autarcie (….) raconte l’histoire de 4 individualités livrées à elle-même, obligées d’être ensemble. Le spectacle consiste à les observer, les voir interagir entre elles. Les 4 danseuses sur scène ont toutes des façons différentes de danser et des mouvements différents. La place laissée à l’individu dans un groupe, le conformisme, le libre-arbitre, … ces points sont abordés indirectement dans le spectacle, laissant à chacun le soin de l’interpréter à sa façon. C’est le principe de l’action-réaction qui est intéressant ici.

Quelle est la place de la musique dans la danse hip-hop ? Et quel est la différence entre votre hip-hop et le hip-hop que l’on voit plus souvent dans les medias, le hip-hop « rap et casquette » ?

La musique joue bien sûr, un rôle essentiel. On est rythmé par elle, on la suit. Mais la musique peut-être aussi remplacé par un rythme, un coup donné, un bruit, une respiration. La musique ou le son va nous servir de repère sur scène et va nous aider à nous mouvoir dans l’espace. Il y a moins de « chemins tracés » pour le spectateur. Chacun peut voir ce qu’il veut voir et s’identifier. Le hip-hop à base de « rap » et de « casquette » est une autre forme de hip-hop. De la danse pareillement, mais s’apparente plus à un « show » qu’à une « interprétation ».

Pouvez-vous partager avec nos lecteurs, une musique que vous aimez mettre le matin et qui vous fait irrémédiablement danser?

Babe Ruth, La mexicana!

Pour découvrir la Compagnie Par Terre cliquez ici.

Marine Hérisset – Lepetitjournal.com à Ho Chi Minh-Ville