SAYCET – « Je voulais que mon troisième album voyage »

En partenariat avec l’Institut Français d’Ho Chi Minh Ville, Saycet, de son vrai nom Pierre Lefeuvre, est venu hypnotiser la salle de l’IDECAF avec un univers musical original et magnétisant. Lepetitjournal.com Ho Chi Minh Ville a eu le plaisir de le rencontrer quelques heures avant le concert, il revient sur sa tournée en Asie et son dernier album «Mirages ».

Lepetitjournal.com Ho Chi Minh Ville : Peux-tu revenir sur ton parcours personnel et ton rapport à la musique ?

Saycet : J’ai commencé la musique assez tôt, vers mes 5 ans, mon père s’était acheté un synthé, je l’ai essayé, j’ai ensuite pris des cours de piano. J’étais un piètre pianiste… j’ai aussi fait de la guitare durant mon adolescence avant de découvrir la techno. J’ai été DJ à ce moment là et au fur et à mesure j’ai commencé à vouloir faire mes propres morceaux.

Au moment du bac, j’ai décidé de faire des études d’ingénieur du son pour « rassurer mes parents ». En apprenant ce métier, j’ai appris toutes les techniques pour faire de la musique électronique, c’est donc comme ça que tout a commencé.

saycet

Comment définirais-tu ton univers musical ?

Alors, je fais de la musique électronique mais je ne suis pas DJ. Le DJ passe les musiques des autres, moi je fais mes propres morceaux. Surtout, le DJ a plus une consonance « club » pour faire danser les gens, ce que moi je n’ai pas.
Je fais de la musique très calme et assez mélancolique, ma musique est plus faite pour rêver que pour danser, ca reste quelque chose d’assez méditatif.

Certaines de tes musiques sont chantées, comment se passent tes collaborations à ce niveau-là ?

J’ai collaboré pendant longtemps avec Phoene Somsavath, une chanteuse française d’origine laotienne qui habite maintenant à Glasgow. J’aime bien maitriser des éléments, pour moi la voix est un élément au même titre que le piano, la guitare…

On a collaboré pendant 7 ou 8 ans, elle m’a longtemps accompagné sur scène. Au bout d’un moment s’est posée la question de savoir si elle faisait partie du projet ou pas. Elle avait envie d’aller habiter ailleurs, et au final il s’est avéré plus simple qu’on continue chacun de notre côté, mais ce n’est pas exclu qu’on collabore à nouveau. J’ai collaboré avec d’autres chanteurs également mais mon projet ces dix dernières années a vraiment émergé dans l’empreinte de Phoene.

Ton dernier album s’intitule « Mirages » peux-tu nous parler de cet album ? Pourquoi ce nom ?

Déjà car le mot « mirage » est universel, et je trouve aussi qu’il représente bien le coté introspectif, fantomatique de ma musique.

Un mirage c’est quelque chose que tu vois mais qui n’existe absolument pas, et j’espère que pour ma musique c’est un peu ça. Quand on écoute ce que je fais il y a toujours des choses en dessous. Mes musiques ont une « lead » mélodique, mais il y a plein d’autres mélodies derrière qui s’entrechoquent, et chacun va pouvoir interpréter ses propres mirages… Ce serait un peu prétentieux de l’affirmer vraiment, mais en tout cas c’est ce que j’essaie de faire.

Peux-tu nous parler de tes relations avec l’Asie, étais-tu déjà venu ?

Je suis venu pour la première fois il y a 5 ans, j’étais allé à Seoul, Tokyo, Singapour et Kuala Lumpur dans le cadre d’une tournée. En fait j’ai un label au Japon et un en Corée. Je n’étais jamais venu en Asie que ce soit dans le cadre de ma vie privée ou professionnelle et c’était une « bonne grosse claque »culturellement parlant. Tout s’est très bien passé, chaque pays est vraiment différent, et surtout la Corée et le Japon qui sont pour moi des pays vraiment à part dans la culture asiatique.

Je suis également retourné en Asie l’année dernière pour une seconde tournée ou j’ai joué dans 6 villes chinoises. Et donc cette année c’est la 3ème fois que je viens, cette tournée est en quelque sorte un mélange des deux précédentes puisque je fais Pékin, Shanghai, Shenzhen, Canton, Tokyo, Seoul, Ho Chi Minh Ville, Hanoi et Singapour. L’année dernière j’étais un peu frustré de n’avoir fait que la Chine et là j’avais vraiment envie que ce 3ème album voyage.

As-tu l’impression que le public asiatique est plus réceptif à ta musique ?

Il y a peut-être une culture de la musique instrumentale plus forte en Asie, je ne sais pas, je pense que le coté contemplatif plait vachement ici.

J’avais peur que ce live un petit peu plus « violent » que lors des deux tournées précédentes soit moins apprécié, et au final la réaction est limite meilleure. Du coup je ne sais pas, c’est dur de répondre à cette question, c’est peut être un continent qui est beaucoup moins frileux en terme de découvertes. Je pense qu’il y a plus de « coups de poker » qui se font ici que maintenant en Occident.

Comment s’est déroulée ta tournée jusqu’à maintenant ? As-tu un moment fort à nous raconter ?

Eh bien le premier concert ! A Pékin, c’était dans un tout petit endroit, mon promoteur avait prévu une autre salle mais ça n’a pas été possible. C’était une salle pour 150 personnes et il y a eu 320 personnes, des gens ont regardé le concert dans une espèce de salle annexe sur un écran. Quand ce genre de choses arrive, tu es encore plus proche des gens, il faisait une chaleur à crever, mon ordinateur a planté… mais c’était drôle et il y a eu une ambiance de folie !

Et le Vietnam, avais- tu hâte de découvrir ce pays ? Es-tu surpris par ce que tu vois ?

Alors je ne suis pas vraiment surpris, la claque culturelle je me la suis prise lorsque je suis venu en Asie la première fois. Malheureusement je ne reste pas longtemps mais j’ai eu le temps de me balader dans la ville, je ne connais rien d’Ho Chi Minh Ville mais j’ai pu « prendre la température ».

Ce qui me surprend le plus c’est qu’ici les gens se marrent. Et puis, par rapport à mes repères de Parisien, ici c’est n’importe quoi ! C’est drôle d’être confronté à quelque chose d’aussi différent. En fait c’est le bordel mais ça a l’air d’être un bordel contrôlé, organisé. Et finalement c’est juste une autre façon d’aborder une ville et son développement et moi ça m’intéresse tout ça, je suis juste frustré de ne pas rester plus longtemps…

Le Petit Journal