Prix Goncourt 2016

Chanson douce de Leïla Slimani vient de remporter le prix littéraire le plus convoité.

Leïla Slimani est née en 1981. Elle est l’auteur d’un premier roman très remarqué, Dans le jardin de l’ogre. Chanson douce est son deuxième roman.

« Elle en est sûre, elle a jeté le poulet ce matin même. La viande n’était plus consommable, elle allait ainsi éviter à ses enfants d’être malades. Elle se souvient très bien qu’elle a secoué le plat au-dessus du sac-poubelle et que la bête est tombée, entourée de graisse gélatineuse. Elle s’est écrasée dans un bruit sourd au fond de la corbeille et Myriam a dit « beurk ». Cette odeur, au petit matin, l’a écœurée.

 Myriam s’approche de la bête qu’elle n’ose pas toucher. Cela ne peut pas être une erreur, un oubli de Louise. Encore moins une plaisanterie. Non, la carcasse sent le liquide vaisselle à l’amande douce. Louise l’a lavée à grande eau, elle l’a nettoyée et elle l’a posée là comme une vengeance, comme un totem maléfique. »

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.