L’écrivaine française Marguerite Duras et le Vietnam

L’écrivaine Marguerite Duras a vécu au Vietnam jusqu’à l’âge de 18 ans. Cette figure majeure de la littérature française est une véritable passerelle dans les relations franco-vietnamiennes. Des activités pour célébrer son centenaire sont organisées à Hanoi et Hô Chi Minh-Ville en avril et mai.

L’Amant est aussi le nom d’un film franco-britannico-vietnamien réalisé par Jean-Jacques Annaud, adapté du roman de Marguerite Duras, et sorti en 1992. Photo : CTV/CVN

Marguerite Duras (1914-1996), de par son histoire, son parcours personnel, est une véritable passerelle entre la France et le Vietnam, pays qu’elle appelait«sa Patrie des eaux». Une histoire et un parcours extrêmement riches, douloureux souvent, qui ont inspiré une œuvre magistrale. Passionnante, attachante mais aussi irritante pour certains, Marguerite Duras ne laissait pas indifférent.

Son centenaire fêté au Vietnam

Cette année, des activités pour célébrer le 100e anniversaire de Marguerite Duras sont organisées au Vietnam. L’enfance vietnamienne et sa présence dans l’écriture de Marguerite Duras ont fait l’objet de la conférence intitulée «Quelque chose d’inaltérable» tenue le 13 mai à l’Institut français de Hanoi (L’Espace). Cette thématique chère à l’auteur a été présentée par Catherine Bouthors-Paillart, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée et docteur ès lettres de l’Université Paris VII, auteur de l’ouvrage Duras la métisse, traduit en vietnamien.

À Hô Chi Minh-Ville, le 28 avril dernier, l’Institut français du Vietnam et l’Université des sciences sociales et humaines ont accueilli Nguyên Xuân Tu Huyên, ancienne responsable du Département de français à l’Université de pédagogie de Hô Chi Minh-Ville, pour un échange avec une centaine d’étudiants autour de l’œuvre de Marguerite Duras. Enfin, une exposition de tableaux de la plasticienne Betty Clavel, intitulée «Duras, au-delà du barrage», a été organisée à la Galerie d’exposition de l’Université des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville, du 21 avril au 2 mai.

Les toiles exposées étaient directement inspirées du roman Un barrage contre le Pacifique.

Marguerite Duras est née le 4 avril en 1914 à Gia Dinh (une région du Sud du Vietnam) où elle a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans. Elle a été à la fois écrivaine, dramaturge, scénariste, chroniqueuse et réalisatrice française. C’était une femme engagée, défendant à sa manière très personnelle ses profondes convictions. L’œuvre monumentale qu’elle nous lègue compte une quarantaine de romans, une dizaine de pièces de théâtre et de films écrits et/ou réalisés par elle.

L’Amant, le succès mondial

L’auteur Eva Nguyên Binh et le roman L’Amant de la Chine du Nord de Marguerite Duas. Photo : NB/CVN

Marguerite Duras a reçu le Grand prix du théâtre de l’Académie française en 1983 et le prix Goncourt en 1984 pour L’Amant,ouvrage au succès mondial traduit dans une quarantaine de langues. Vendu à des millions d’exemplaires, ce livre l’a consacrée comme l’un des écrivains contemporains français les plus lus et les plus connus. Quinze ans après sa mort (3 mars 1996), Marguerite Duras est entrée dans la prestigieuse «Bibliothèque de la Pléiade» des éditions Gallimard – le Panthéon de la littérature mondiale, aux côtés des plus grandes figures de la littérature française.

La production protéiforme de Duras se distingue par la richesse des thèmes (amour, passion, destin, souffrance, enfance, séparation, désir, folie, temps, douleur, mystère humain, vie et mort…) mais aussi par sa modernité romanesque, théâtrale et cinématographique.

Dans l’esprit de nombreux lecteurs, son nom évoque la jeune fille blanche au chapeau d’homme qui, en traversant le Mékong, a vu son destin changer grâce à sa rencontre avec son futur amant chinois. Pour ses contemporains, Marguerite Duras apparaît comme une petite femme aux lunettes noires, au tricot sans manches et qui parle sans réserve de sa vie dans l’émission de télévision «Apostrophes» animée par Bernard Pivot.

Figure majeure de la littérature française

Marguerite Duras reste une figure majeure de la littérature française du XXesiècle, une figure qui a réussi à se mettre en scène, à attirer l’attention du public sur elle et sur son œuvre féconde et porteuse de mystères. L’Indochine où elle a passé son enfance et son adolescence restait toujours la source d’inspiration qui nourrissait son imaginaire et lieu où elle revenait souvent dans son écriture. «La forêt (…) c’est l’enfance. (…) Peut-être là seulement où j’ai vécu. Peut-être que je suis en sursis depuis que je suis en France (…), là-bas, on vivait sans politesse, sans manières, sans horaires, pieds nus. Moi, je parlais la langue vietnamienne. Mes premiers jeux, c’était d’aller dans la forêt avec mes frères. Je ne sais pas, il doit rester quelque chose d’inaltérable, après» (1). Il n’est donc pas étrange qu’elle soit l’auteur du XXe siècle le plus traduit en vietnamien. Son lien avec les régions du delta du Mékong, l’influence des structures syntaxiques et de la musicalité de la langue vietnamienne sur son écriture, ses thèmes favoris comme l’amour, la douleur, la séparation expliquent pourquoi le lecteur vietnamien est sensible à son oeuvre.

Eva Nguyên Binh/CVN
(Conseillère de coopération et d’action culturelle
de l’ambassade de France au Vietnam
et directrice de l’Institut français du Vietnam).
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(1) Marguerite Duras, Xavière Gauthier, Les Parleuses, 1974, Paris, Minuit, pp. 135-136

Source: Le Courrier du Vietnam