L’artiste Le Hoang Bich Phuong : « Venir à Paris pour une immersion dans l’art ! »

Le Hoang Bich Phuong, jeune artiste de la peinture sur soie connue au Vietnam, lauréate du Programme Réciprocité de la Villa Saigon, vient d’être de retour à Saigon début octobre, après trois mois de résidence de création à la Cité Internationale des Arts à Paris.

Elle a accordé à Phap.fr un entretien pour parler de son séjour d’immersion dans l’art à la Ville Lumière.

Séjourner et créer à Paris, ville des musées célèbres par où passent des artistes renommés, doit constituer pour vous une expérience inoubliable?

Par un artiste français, j’ai pris connaissance du Programme Réciprocité de la Villa Saigon ; je me suis portée candidate et j’en ai été lauréate. J’avais participé précédemment à des résidences de création en Malaisie et au Japon – des pays asiatiques, et cette fois, les trois mois passés en France – un pays européen, m’ont permis de vivre des expériences toutes nouvelles, depuis les relations humaines à la culture en passant par l’architecture… Du séjour j’ai beaucoup appris et en ai enrichi mon bagage cognitif.

J’ai passé certains de mes matins aux musées pour savourer les créations de différents maîtres depuis les temps anciens jusqu’à nos jours. À part le Louvre, j’ai beaucoup adoré le Musée d’Orsay et le Centre Pompidou où je suis retournée à 3-4 reprises. À Orsay, les collections de mes artistes favoris – les Impressionnistes de grande réputation – sont complètes. Le Centre Pompidou est pour moi un vrai « paradis » de l’art contemporain où j’ai beaucoup découvert. J’ai pu, par exemple, faire miennes la clarté et la cohérence d’autres artistes du monde, notamment à travers les écrits qu’ils ont faits de leurs œuvres. Contempler leurs créations en lisant leur présentation ouvre aux visiteurs de belles découvertes.

Paris n’a pas que des musées de réputation mondiale, la capitale abrite aussi en son sein des galeries, petites certes, mais très originales, représentant une grande diversité de styles. Je suis comblée, je me suis fait une belle touche de connaissance sur l’histoire des beaux-arts et sur l’art contemporain. Par ailleurs, pour mon domaine  – la peinture sur soie – j’ai visité un atelier textile à Lyon. Si les produits de l’atelier ne sont pas destinés à la peinture mais à la mode, j’ai pu faire lors de ma visite une belle découverte sur la production de soies de qualité par la technique et l’industrie du textile français.

Souhaiteriez-vous parler de votre création lors du Programme Réciprocité en France ?

Je poursuivais un projet de longue haleine intitulé « Walking around with pink clouds on the head » (littéralement : Se promener avec des nuages roses au-dessus de la tête) et j’y ai « intégré » la création réalisée durant mes trois mois à Paris. Les « nuages roses » sont la métaphore des énergies positives, considérées comme la dopamine, neuromédiateur à l’origine du bonheur. Je veux cueillir de tels « nuages roses » de tous les endroits par où je suis passée. Il en est de même pour Paris.

J’ai nourri un projet de l’installation artistique depuis mes premiers jours à Paris. Les gens y sont habillés très « tendance » et ont un sens esthétique prononcé. Ils n’ont pas besoin de vêtements de luxe, ni de marques célèbres. Les jeunes, bien élégants quoique très simplement habillés car ils sont maîtres dans l’art d’arranger leurs habits! De ce constat, je me suis rendue sur la page Web des étudiants Vietnamiens en France pour leur faire part de mon projet et leur demander des vêtements dont ils n’avaient plus besoin. Avec ces « ingrédients », j’ai bâti une tour ornée de « nuages roses » à son faîte.

Votre résidence à Paris était la Cité Internationale des Arts. Y auriez-vous des contacts et échanges avec d’autres artistes ?

La Cité est un lieu de rêve pour tous ceux qui travaillent l’art. Elle réunit en son sein des artistes venant du monde entier. Ceux-ci se retrouvent à Paris grâce au programme d’échange culturel ou à l’aide du gouvernement français. Leur séjour est de trois mois ou six mois selon les cas. Imaginez que vous êtes artiste et que chaque matin vous vous levez au son du piano ou à la voix d’un chanteur d’opéra voisin. Autour de vous, les uns dessinent, les autres s’appliquent à la sculpture… Quoi de plus magnifique ?

À la Cité, chaque artiste s’installe dans un studio qui favorise bien sa création car, à part le lit et la cuisine, s’y trouve un « atelier » qui peut être transformé en atelier de peinture, atelier de sculpture ou lieu d’entraînement de musique selon la spécialité de son locataire… On organise des « open studio » – ouverture de studios – qui permettent la visite des ateliers des uns par les autres afin que les artistes parlent de leur travail pendant le séjour.

La vie à la Cité s’organise de façon à favoriser les activités artistiques. Pour les nouveaux, un déjeuner dit de « présentation » est prévu. Les fréquentes fêtes sont des lieux de partage. Les membres y vont pour apporter leurs témoignages, parler de la vie artistique de leur pays respectif ou partager les expériences de leur vécu lors des séjours de création dans d’autres pays… Je me suis fait de nouveaux amis et j’en ai enrichi mes connaissances. Par exemple, le Pérou était pour moi un pays lointain. Mes connaissances sur le pays se limitaient aux vestiges de Machu Picchu de l’empire Inca. Grâce à un ami péruvien rencontré à la Cité, j’ai appris que leur pays a une vie culturelle et artistique très développée.

Vous êtes de retour avec des « bagages » artistiques bien chargés après votre séjour ?

Ce que j’ai fait à mon retour était de parler aux autres artistes Vietnamiens de ce Programme Réciprocité de la Villa Saigon, espérant qu’un jour ils pourront vivre les mêmes expériences que moi. La vie artistique en France, d’après ce que j’ai vécu à la Cité Internationale des Arts, est pour les artistes ce qu’est l’eau pour les poissons. Je vais citer un autre exemple, au vu de la lumière à Montmartre, j’ai compris aussitôt pourquoi les tableaux réalisés par des artistes en France ont des couleurs si particulières. Ce soleil, ce climat, cette nature… tout a apporté sa part à cette symphonie. À mon sens, il est utile pour ceux qui souhaitent s’inscrire en art de faire un voyage initiatique à Paris s’ils en ont les moyens. La découverte de tableaux authentiques, d’environnement réel, d’une vraie vie sociale française, contribuera à orienter les jeunes artistes dans le choix de leur voie. Venir à Paris pour une immersion dans l’art !

Merci pour nous avoir accordé cet intéressant entretien !

Le Hoang Bich Phuong, née en 1984 à HCM-Ville, diplômée en peinture de l’École des Beaux-Arts de HCM-Ville, est une des figures de proue de l’art contemporain du Vietnam.

Le Programme Réciprocité de la Villa Saigon consiste à appuyer les artistes Vietnamiens porteurs d’un projet de création nécessitant une résidence en France d’une durée de trois mois. L’Institut français est en charge des frais de déplacement (billet d’avion aller-retour HCMV/Hanoi – Paris classe économique) et finance une allocation de vie (1000 euros/mois de résidence). Un logement sera réservé à la Cité Internationale des Arts à Paris en faveur de l’artiste lauréat.