La formation des juges et des procureurs – rencontre avec une auditrice de justice française

Le Pôle Justice-Droit-Gouvernance de l’Ambassade de France au Vietnam a notamment pour mission d’accompagner le développement et la formation des professions juridiques au Vietnam. Il a bénéficié en mars, pendant trois semaines, de l’expertise d’Hélène Griffoul, auditrice de justice, dont la mission consistait à étudier la formation des juges et des procureurs au Vietnam. Rencontre avec une professionnelle.

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 1/ Bonjour Hélène. En quelques mots, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je suis auditrice de justice à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) à Bordeaux. Je suis entrée à l’école en février 2014 et devrais faire partie des magistrats qui prendront leur poste en septembre 2016. Après un baccalauréat scientifique je suis entrée à la faculté de droit de Bordeaux au sein de laquelle j’ai obtenu un master 2 de droit pénal. Parallèlement j’ai également suivi un diplôme universitaire de sciences criminelles.

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2/ En France, on parle de « magistrats » car juges et procureurs forment un même corps, bénéficient d’une même formation. Au Vietnam, ce n’est pas le cas. Peux-tu nous en dire davantage ? 

Effectivement en France l’autorité judiciaire rassemble à la fois les juges et les procureurs ce qui explique pourquoi ils appartiennent à un corps unique de magistrats. Le procureurs sont des magistrats du parquet, ils sont autorités de poursuite pour les affaires pénales et représentent les intérêts de la société à l’audience. Les juges sont des magistrats dits du siège qui ont la charge de trancher les litiges. Tous deux sont formés dans une école unique appelée l’Ecole nationale de la magistrature. La formation dans cette école qui se situe à Bordeaux dure 31 mois et se décompose en plusieurs périodes de stages et de formation à l’école. Les élèves magistrats (également appelés auditeurs de justice) y apprennent notamment à présider une audience, rédiger des jugements civils et pénaux ainsi que les règles déontologiques à respecter. Les différents stages permettent de découvrir les milieux collaborant avec la justice (police, administration pénitentiaire, avocats …). Les enseignants à l’école sont tous des juges ou des procureurs.

D’après ce que j’ai constaté, les choses sont un peu différentes au Vietnam. En effet, les juges et les procureurs constituent deux corps distincts qui se trouvent respectivement placés sous l’autorité de la Cour populaire suprême et du Parquet populaire suprême.  La formation des juges dure 6 mois, ces derniers étant recrutés parmi les greffiers ayant exercé entre 5 et 8 ans en juridiction. La formation des procureurs dure 9 mois, ces derniers étant recrutés après avoir assumé des fonctions d’assistants du procureur pendant une période allant de 1 à 5 ans. Pour les deux formations, les enseignants sont à la fois des universitaires et des juges ou des procureurs.

En outre, il existe depuis 2004 l’Académie judiciaire, sous l’autorité du ministère de la justice, qui a compétence pour former l’ensemble des professionnels du droit, c’est-à-dire les avocats, les notaires, les huissiers, mais aussi les juges et les procureurs. Ainsi, trois écoles coexistent. Pour plus de précisions sur la formation des juges et des procureurs, je vous invite à lire mon étude, disponible ici.

3/ La fonction de juge et celle de procureur paraissent très exigeantes. Quels sont les critères pour être un bon professionnel ? 

En effet ce sont des fonctions qui sont exigeantes à la fois parce qu’elles demandent de bonnes connaissances juridiques mais également parce qu’elles impliquent de la rigueur, de l’ouverture d’esprit et une certaine maîtrise de soi. Par exemple la permanence téléphonique assurée par les procureurs qui consiste à superviser les enquêtes de police en temps réel implique une réponse juridique correcte et instantanée. La présidence d’une audience pénale nécessite quant à elle de rester objectif et maître de soi en toutes circonstances même face aux situations les plus délicates.

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4/ As-tu des conseils pour rejoindre la profession ? 

Pour devenir magistrat en France il faut tout d’abord avoir de solides connaissances en droit qui peuvent s’acquérir à l’université mais aussi à l’aide d’une bonne préparation au concours. Pour ma part j’ai suivi la préparation d’un institut d’étude judiciaire rattaché à l’université ainsi que d’une préparation privée. Il me semble également utile d’avoir une certaine expérience du milieu judiciaire, soit en ayant fait des stages soit en ayant occupé un poste d’assistant de justice. En outre, je pense qu’il est indispensable d’avoir la volonté de participer au bon fonctionnement d’une société et de ne pas avoir peur de prendre des décisions. Avant de rejoindre cette profession je dirais qu’il est utile de s’interroger sur ses propres motivations.

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5/ Quel souvenir garderas-tu de ta mission au Vietnam ? 

Je garderai du Vietnam le souvenir d’avoir été extrêmement bien accueillie aussi bien dans le cadre professionnel que dans le cadre personnel pendant tout mon séjour.  Le Vietnam est un pays magnifique dont le principal trésor réside dans la gentillesse de ses habitants.