Masterchef France 2015: «Pour moi, la cuisine est une obsession»

Plus de 2000 chefs à travers le monde ont célébré le 21 mars «Goût de France», l’événement qui honorait l’excellence de la cuisine française. Cette année, le dîner «Goût de France» de l’ambassade de France au Vietnam a été préparé par le grand chef cuisinier Alain Dutournier et par Khanh Ly Huynh, la gagnante de «Masterchef France» 2015. Au micro de VOV5, la jeune Française d’origine vietnamienne révèle sa passion pour la gastronomie. 

Khanh Ly à la fête de la Francophonie à l’université nationale de Hanoi.

Etrangement, malgré le fait que mes parents aient tenu un restaurant pendant très longtemps, au contraire, cela m’a un petit peu écoeuré. J’ai passé mon enfance à les aider après l’école et je cuisinais beaucoup quand j’étais petite, avant d’avoir 15-16 ans. Après, j’en ai eu un peu marre. Du coup, j’ai vraiment consacré ma vie à mes études, le droit, le management. Mon envie de devenir chef est venue plus tard, vers 21 ans, 22 ans quand j’ai appris que j’aimais autant la cuisine, quand je me suis rendue compte que c’était ma passion. Quand j’ai décidé de quitter mon travail pour faire masterchef, j’avais déjà en tête l’envie de changer de carrière, j’avais déjà envie de faire de la cuisine. Mais quand on change de vie on a toujours un petite doute quand même, toujours des questions. Quand on est amateur, on n’est pas sûr en plus. Masterchef m’a fait comprendre quelque chose, j’ai cuisiné pour des professionnels, j’ai cuisiné en plus grande quantité. Je me suis rendue compte que c’était un métier qui était fait pour moi. J’aime bien la pression, j’aime bien l’urgence, la vitesse aussi. J’aime bien cet esprit là. Donc ça m’a confirmé.

Vous vous estimez professionnelle maintenant ou toujours amateure ?

Après Masterchef je me sentais toujours amateure. Mais après avoir passé mes diplômes en cuisine car c’était une volonté pour moi de devenir professionnel et de me sentir légitime, aujourd’hui je me sens professionnelle. Je n’ai pas encore assez d’expériences comme j’ai commencé tard, mais tous les jours j’apprends. Je pense qu’on apprend toute sa vie, même si on est un chef étoilé parce que la cuisine existe partout. Elle est dans la rue, à la maison avec les mamans, les papas. Et c’est quelque chose qui est très riche. Même si on est professionnel, on peut toujours être meilleur.

Quel était votre parcours après Masterchef?

Après Masterchef, j’ai pas mal voyagé et donné beaucoup de cours de cuisine avec mes petites recettes. Surtout j’ai écrit mon livre de recettes.

J’ai commencé une activité de chef privé, où j’ai fait des dîners pour les événements privés. Ensuite d’autres projets très différents, des projets de consulting. J’aide les établissements (restaurants, cafés, bars) à créer un menu, à former un équipe, une ambiance. Je vais créer une marque d’épice biologique, organique qui va être lancée cette année. J’ai aussi écrit beaucoup d’articles pour des journaux. Donc il y a beaucoup de petits projets de droite à gauche.

Parlez-nous un peu de votre livre de recette ?

C’est le premier livre que je fais avec Masterchef. C’est un livre que j’ai voulu accessible, facile à lire pour les gens, facile à refaire aussi. Donc il y a trois niveaux: facile, moyen et difficile. Ce sont des recettes un peu innovantes, où je mélange des légumes avec des fruits dans les desserts, où je fais des accords un peu différents, surprenants. C’est un peu ma signature aussi. Je considère que la cuisine peut-être bonne quand on fait quelque chose qui est déjà bon à l’origine mais de surprendre, d’étonner le client ou la personne qui va faire la recette avec quelque chose de nouveau… c’est ça pour moi ce qui est intéressant.

Quelles sont alors vos sources d’inspiration?

Mes sources d’inspirations, c’est ma famille qui cuisine vietnamien depuis que je suis en France, mes amis qui aiment des choses différentes et mes rencontres aussi en voyage. Quand je voyage, j’observe tout. La cuisine dans la rue, même le plus petit truc, le plus sale, c’est toute la technique qui vient delà. Les ingrédients, les produits. Pour moi, la cuisine est un peu une obssession, une passion. Donc s’il y a quelque chose qui peut m’inspirer, je le prends, je l’absorbe et j’essaie de le repenser à ma manière.

Alors forcément il y a des grands chefs qui font partie de la patrimoine culinaire française. Alain  Passard, Thierry Marx, William Ledeuil sont des chefs que j’admire. Et il y a Anne-Sophie Pic et Adeline Grattard.

Pensez-vous à ouvrir votre propre restautant?

Khanh Ly Huynh: Forcément le rêve de chaque chef est d’avoir son propre restaurant. Mais je suis quelqu’un de perfectionniste, donc je vais attendre le parfait moment.

Comment qualifiez-vous votre cuisine ?

Ma cuisine, c’est une cuisine d’instinct. C’est-à-dire quand je crée une recette, je promène sur un marché, je vais voir des produits, et d’un coup il y a des idées qui apparaissent dans ma tête, qui dansent, un petit peu. Donc c’est une cuisine, un peu à la vietnamienne, il faut avoir une texture différente. Il faut avoir quelque chose de croquant, quelque chose en bouillon, de salé, d’acide… des produits crus, des produits cuits… Le format de cuisine vietnamienne m’inspire beaucoup: on a chaque plat pour chaque moment, il y a toujours des petits légumes  pour créer l’acidité, un bouillon – «canh» à la fin, un bouillon de légume, toujours une base de riz, une entrée froide. J’aime bien ce format où tout le repas, c’est un moment et il y a une histoire, une logique. J’aime bien cet esprit là.

D’après VOVworld