FILMS D’ANIMATION – Le Vietnam sous l’œil de deux artistes français

François Leroy et Stéphanie Lansaque, ont présenté samedi soir 9 Janvier au Lê Công Kiêu Station, leurs courts-métrages d’animation inspirés par le Vietnam.

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Une étincelle. Lorsque François Leroy et Stéphanie Lansaque se rendent pour la première fois au Vietnam en 2002, ils tombent sous le charme d’un pays qui ne cessera de les rappeler à lui. « C’était un voyage touristique de 3 semaines », se souvient Stéphanie. « Nous nous sommes sentis à l’aise de suite. Il y avait quelque chose de familier. Toute cette vitalité, ces gens attachants… » A l’époque, François est encore étudiant à la prestigieuse Ecole des Gobelins à Paris. Stéphanie, après être passée par la section Design et textile de l’école Olivier de Serres, est graphiste.

Comme une évidence, les deux artistes décident de se lancer dans le film d’animation, entièrement inspiré par le Vietnam. Ils reviennent plusieurs mois à Ho Chi Minh Ville et à Hanoi.

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Bonsoir Mr Chu

Commencé en 2003, achevé en 2005, leur premier court-métrage, « Bonsoir Mr Chu », annonce d’emblée un style qui leur est personnel : le film superpose des techniques mixtes, de dessin manuel et de dessin numérique, en y ajoutant de la vidéo et de la photo.

Au fil des années, ils ont développé leurs propres logiciels qui leur accordent une plus grande mobilité. Ils passent ainsi entre 4 et 6 mois par an au Vietnam. « Installés à un café de rue, on observe. On discute aussi pas mal, on a beaucoup appris », assure François. Ils parlent vietnamien et se disent « intégrés ». « On ne fréquente pas l’élite » précise François. « D’ailleurs, nos films parlent de ces gens que l’on voit dans la rue. » Stéphanie ajoute : « Pour Mr Chu, nous ne connaissions pas encore assez bien le pays, on ne pouvait pas s’attaquer à des sujets sociaux. Nous nous sommes inspirés de contes traditionnels. »

MeiLing

Mei Ling

Leur deuxième court-métrage, « Mei Ling » se déroule en huit-clos dans un appartement de Hong-Kong. La jeune femme attend son amant, alanguie sur son lit, sous les yeux d’un poulpe qu’elle aura adopté pour tromper son ennui. Le court-métrage, sélectionné dans 24 festivals autour du monde recevra 24 prix. Suivront « Fleuve rouge » en 2012, leur film le plus politique et « Café froid » en 2015, tous primés également.

FleuveRouge

Fleuve Rouge

Ce dernier a suscité beaucoup de réactions auprès du public vietnamien lors de sa projection samedi soir au Lê Công Kiêu Station. « Café froid » se penche sur le destin d’une jeune fille, à Ho Chi Minh Ville, qui perd sa mère dans un accident et se voit contrainte de reprendre le café familial tout en abandonnant ses études. Le film dévoile une atmosphère lourde et oppressante pour s’achever dans une violence sans fard.

« Nous avons développé une approche presque documentaire, explique Stéphanie. On veut surtout éviter le mélo quand on aborde des sujets graves. Dans « Café froid », la vie est dure. Parce qu’elle est dure pour des millions de Vietnamiens. La violence psychologique, les conditions de vie difficiles, travailler toujours et encore, le jour, la nuit… C’est la réalité. »

Caffroid

Café froid

Leurs films sont d’une beauté indiscutable. Derrière une palette de couleur dominée par le rouge, le vert, le doré et le bleu, il y a les jeux de lumière (« nous faisons beaucoup de nuit américaine »), les détails graphiques d’un carrelage ou d’un tissu, le mouvement délicat d’un oiseau ou d’une libellule, le souffle du vent dans une chevelure noire de jais… Et la musique. Tout y est. Le Vietnam est là. Beau et troublant.

Sabrina Rouillé (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 13 Janvier 2016
Une projection de quatre de leurs courts-métrages est prévue les 8 et 10 avril à l’Espace de Hanoi. Les deux réalisateurs préparent en ce moment un nouveau court et un premier long métrage.

Catégories : Animation, Ciné IFV